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Par Bernard Langlois - 5 février 2009

Symptômes

On est dans l’attente Pas de Godot, de Sarko. Après la grande manif’ de jeudi dernier, le temps suspend son vol. Chefs syndicalistes ou politiques, élus des deux bords, journalistes (moi avec), travailleurs précaires, chômeurs, grévistes, tous ceux qui formaient le gras des défilés : on attend de savoir ce que va dire le Chef. Et c’est qu’il a intérêt à répondre aux revendications des travailleurs, sinon le gros Chérèque va se fâcher tout rouge ! Et nul doute qu’avec ses copains du syndicat des syndicalistes responsables, il n’hésitera pas à programmer une nouvelle grande journée d’action (mais attention, faudrait pas se gourer sur la date, c’est bientôt les vacances de février, s’agirait pas de faire un bide, des journées comme ça, ça se prépare avec soin, on pourrait fixer une date aux alentours du 15 mars, qu’en pensez-vous camarades ?), qui fera entendre plus fort encore la juste colère des salariés qui n’entendent pas payer les pots cassés par des banquiers irresponsables qu’on n’en finit pas d’arroser avec l’argent des contribuables et qui n’ont même pas la décence de renoncer d’eux-mêmes à leurs primes de fin d’année ! Non mais !

Épée de Damoclès

Il est partout, le Schtroumpf syndicaliste. Sur toutes les tribunes, crachant dans tous les micros qui se tendent devant sa barbiche en bataille. Faut dire qu’il a beaucoup à se faire pardonner. Comme on l’expliquait la semaine dernière dans ces colonnes [1], la claque des élections prud’homales oblige les syndicats réformistes à durcir le ton pour espérer retrouver un peu de crédit auprès de leurs mandants ; et singulièrement la CFDT, qui s’est acquis une sérieuse réputation de confédération collabo [2]. Quand on pense que ce fut le syndicat le plus imaginatif et le plus pugnace des années 1970, on lui en veut beaucoup au barbichu – même s’il n’a jamais fait que mettre ses tatanes dans les traces de la tzarine, elle-même héritière du « recentrage » des années Maire, une belle dégringolade collective ! Chérèque poursuit la glissade en l’accélérant : qui aurait pu imaginer qu’une direction syndicale nationale traîne en justice des militants syndicaux pour avoir osé occuper quelques heures les locaux de la Confédération, en évoquant le motif ridicule de « violation de domicile » ? C’est pourtant ce qu’a osé faire le Schtroumpf jaune à l’encontre de Michel Roger (membre de la compagnie Jolie Môme) et de Ludovic Prieur (animateur de HNS info), les deux « meneurs » de cette manifestation pacifique d’une centaine d’intermittents du spectacle qui entendaient dénoncer la collusion Medef-CFDT sur ce dossier. L’affaire s’est déroulée en avril 2005. Elle a été jugée le 11 décembre dernier, et le verdict rendu le 22 janvier : amende avec sursis. Ça pourrait passer pour une demi-victoire (pas de quoi fouetter un chat !), mais c’est une illusion d’optique. Car, comme le souligne très justement l’ami Olivier Bonnet : « Le sursis représente une épée de Damoclès sur la tête de ces militants, comme un avertissement qu’ils feraient bien de se tenir à carreau. Et puis le principe est inacceptable : criminaliser la contestation est un grand pas vers la dictature. Ce verdict pourrait faire jurisprudence [3]. » Ce pourquoi les deux condamnés, défendus par Me Irène Terrel, ont fait appel.

Symptômes préfascistes

Un grand pas vers la dictature ? Comme il y va, le confrère ! Il a pourtant bien raison de crier « au loup ! ». Car quand on met bout à bout des dizaines d’affaires plus ou moins graves de ces dernières semaines, poursuites judiciaires contre des syndicalistes – comme Gérard Filoche, par exemple –, bavures et provocations policières diverses et variées – du genre descente de brigade canine dans les écoles, ou interpellations brutales suivies de gardes à vue humiliante –, restrictions au droit de manifester, nettoyage des parcours officiels des éléments « douteux », permanence des atteintes aux personnes lors des interpellations de sans-papiers et des reconduites à la frontière (oh ! le joli lapsus du nouveau ministre des Expulsions, parlant sur RTL « d’une invas… euh, d’une immigration africaine », comme son surmoi s’est vite adapté à sa nouvelle condition de notable sarkozyste, au Besson !), et jusqu’à l’affaire de Tarnac (qui est grotesque, mais pas que grotesque), pour laquelle Julien Coupat médite toujours en taule, dernier inculpé encore emprisonné… Quand on additionne tout ça, et tout ce que j’oublie, hein, ça laisse tout de même comme une impression de gros malaise. Élucubrations de journalistes, irresponsables par définition ? Je lis ceci, dans la dernière parution de la lettre du Cirpes [4], sous la signature d’Alain Joxe : « Le fascisme ordinaire commence sous nos yeux en Europe et en France avec le mépris et la violence physique s’exerçant sur le corps des exclus de la société, et modifiant l’éthique publique par accoutumance à la cruauté répressive légalisée de la police et de la justice, mise en place par les droites ; la précarisation des emplois, la criminalisation des enfants, le bourrage des prisons par “du chiffre” sont des symptômes préfascistes ; la persistance des populismes nationalistes est une précondition guerrière. » Dis, papy, c’était comment l’avant-guerre ?

Au rythme des pataches

Donc, on attend ce que va dire notre Omnipotent, en principe jeudi soir, dans les lucarnes et devant des confrères et sœurs qui ne risquent pas de le chahuter beaucoup. Finalement, ce sera : « J’entends et je ne tiens pas compte », ou « J’entends et je tiens compte » ? Il nous a déjà servi successivement les deux formules… On attend : mais que voulez-vous donc qu’il nous sorte, ce baratineur qui, en moins de deux ans de mandat, a déjà tout dit et son contraire ? Quel nouveau tour de bonneteau peut-il encore nous inventer ? Et quelle compréhension peut-il avoir des (res-)sentiments d’un peuple qu’il ne rencontre plus que derrière un triple rideau de CRS, un peuple qu’il redoute et fuit désormais : même que si quelques sifflets et slogans hostiles parviennent encore de loin à ses augustes oreilles, c’est aussitôt grand ménage à la préfecture ! Le temps est déjà loin où le petit bonhomme allait au contact comme un grand, quitte à manifester quelque humeur (« Casse-toi, pauv’con ! ») si un malotru refusait de serrer sa menotte tendue ! Un président de la République quasiment interdit de séjour sur la voie publique, la classe ! Si Nicolas Sarkozy avait des solutions à la crise, ça se saurait. Du reste, on hésite presque à le lui reprocher : personne n’en a. Et pas plus Obama qu’un autre, en la personne duquel ce bon spécialiste des États-Unis qu’est Jean-Philippe Immarigeon ne voit que le gestionnaire de faillite de l’Empire, « le Gorbatchev qui soldera les comptes de l’Amérique [5] ». C’est du reste en lisant son dernier essai, (aussi percutant que les précédents : American parano et Sarko l’Américain, également chez Bourin éditeur), que j’ai découvert la pensée de Turgot, ce ministre de Louis XVI qui mena sans faiblesse « la guerre des farines » (« première révolte FMI de l’histoire », dit drôlement Immarigeon) et qui me semble davantage inspirer Sarko que ne le firent jamais Mandel et Jaurès réunis : « Il n’y a pas lieu de tenir compte des murmures du peuple, disait l’Excellence à jabot, il faut qu’il comprenne que son opposition et ses violences ne serviront qu’à faire prendre les mesures les plus efficaces à le contenir. » On est en 1775, et l’Ancien Régime a encore quelques belles années devant lui : mais au rythme des pataches, la Révolution s’était mise en marche. Les choses vont plus vite aujourd’hui, non ?

P.-S. : Non, non, Sieffert s’est trompé, la tempête n’est pas montée jusqu’en Creuse, pas cette fois ; et la panne de courant que nous avons subie la semaine dernière était purement domestique ! Le résultat est le même, notez, mais je ne voudrais pas passer pour un vilain menteur !

[1] « Vingt-quatre heures, et après ? », par Pauline Graulle.

[2] Voir le compte rendu édifiant d’un colloque patronal, à huis clos (sans la presse, à la demande pressante de Chérèque), dont le Schtroumpf jaune était la vedette, dans un livre récent : Riches et presque décomplexés, Jacques Cotta, Fayard.

[3] www.plumedepresse.com (rubrique : social, politique) et www.cie-joliemome.org/petition/.

[4] Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques, Le Débat stratégique n° 100, « La crise impériale et la menace de guerre mondiale ».

[5] L’Imposture américaine, splendeur et misère de l’Oncle Sam, Bourin éditeur, 184 p., 15 euros.

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Commentaires de forum
  • Olivier B. 5 février 2009 à 14:26

    Merci Bernard :-)

    Voir en ligne : Plume de presse

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  • Patrick BOITEAU 5 février 2009 à 15:28

    Je ne partage pas du tout les commentaires de Bernard Langlois sur Francois Chéréque et la CFDT. La CFDT "confédération collabo", les adhérents à la CFDT, dont je suis, apprécieront. Je sais que la réalité de la CFDT, bien souvent décriée, est tout autre et qu’il faut se méfier des "évidences". Délégué syndical CFDT dans une structure éducative, je n’ai ni l’impression d’être collabo ni d’être un gentil syndicaliste. Ce qui m’importe ce sont les résultats concrêts obtenus pour les salariés. Ce ne sont pas toujours ceux qui se disent les plus révolutionnaires
    ou qui crient plus que les autres qui ont nécéssairement raison sur tout...Si les salariés continuent d’adhérer à la CFDT, c’est qu’ils pensent aussi que notre démocratie interne fonctionne, que notre mode d’approche est interessant. A ne jamais vouloir négocier et/ou ne jamais proposer ou s’engager, c’est sûr, on ne risque rien.Mais on n’obtient rien non plus. J’ajoute que les discussions intersyndicales, notamment de proximité,il y aurait aussi de quoi dire sur qui est plus ou moins "révolutionnaire" ou "collabo". Il faut voir,me semble-t-il,que dans la réalité les enjeux et /ou les clivages entre syndicats, d’autres paramêtres sont à prendre en compte. Certains syndicats laissent la CFDT s’engager pour ne pas à avoir à assumer les conséquences.Si l’accord s’avére, in fine, pas trop mal (et pour qui ?) tous s’en attribuent le mérite et ne veulent plus qu’on y revienne, invoquant l’avantage acquis alors même qu’ils n’ont pas signé.
    Encore une fois, je pense que les choses sont plus compliquées que les apparences et que ceux qui crient "haro" sur la CFDT ( Chéréque n’est pas seul à prendre les décisions) seraient bien inspirés de se renseigner, de voir ce qui se fait, ce que la CFDT propose,fait et obtient et ce que d’autres syndicats font, proposent ...Ce serait instructif...

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  • Patrice RUIZ 5 février 2009 à 23:03

    Je n’admet pas qu’un petit journaleu puisse tenir des propos injurieux vis à vis du secrétaire de la première organisation syndicale de salariés par son nombre d’adhérents.
    J’espère que tous les adhérents CFDT qui sont abonnés à politis vont se désabonner pour que Bernard Langlois apprenne la correction. Pour ma part, je comptais m’abonner, c’est définitivement exclu. Un journaliste doit donner des informations, ses états d’âme on en a rien à foutre.

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  • Emmanuelle972 6 février 2009 à 04:15

    En réponse au message de Patrice Ruiz, je réponds que la chronique de Bernard Langlois est...une chronique, où donc le journaliste annonce qu’il va donner son avis, sa vision des choses, subjectivement.
    Dans Politis, la place est toujours donnée dans le courrier des lecteurs, ou ici, dans les messages, pour un commentaire, une critique sur les articles. Même à l’intérieur du journal, on peut trouver sur certains sujets des avis divergents, c’est aussi cela la richesse et l’ouverture de Politis : la liberté des journalistes. Ici, Langlois énonce un avis très largement partagé par des militants et des syndicalistes déçus de l’attitude du CFDT, qui a d’ailleurs vu à une époque une hémorragie de ses adhérents. Mais fut-il seul à penser cela qu’il n’aurait pas moins une légitimité à l’écrire.
    Quand à moi, c’est toujours l’article que je lis en premier (quand il est présent), et je m’y régale autant que quand j’écoute "Là-bas si j’y suis"

    Voir en ligne : Là-bas si j’y suis, émission de Daniel Mermet

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  • Le syndicaliste CFDT, il est tout compte fait dans la position du salarié qui taffe dans la division du travail pour fabriquer des choses dont il ne détermine ni la conception ni l’usage.

    Lorsque la CFDT contribue activement à amputer le droit à la retraite, et ce au moment même où des générations de travailleurs précaires confrontés à l’emploi discontinu ne sont pas assurés de comptabiliser suffisamment de trimestres pour y prétendre jamais (et que l’on ne s’étonne pas de l’augmentation du nombre de personnes qui dépendent du minimum vieillesse), lorsqu’elle signe, depuis des décennies et à nouveau, un accord Unedic qui détruit les droits collectifs en réduisant l’assurance chômage à une assurance individuelle contre les risques du marché de l’emploi (une journée employée = au maximum une journée indemnisable), faudrait pas trop se la raconter.

    Il y a pourtant des alternatives à la gestion néolibérale de la protection sociale. pourquoi donc verser dans l’organisation de la concurrence, dans l’individualisation ?

    Avec les poursuites et la condamnation de précaires pour action revendicative, on est en pleine criminalisation des conflits sociaux, de la contestation. Dans cette affaire, cette organisation va jusqu’à doubler le gouvernement UMP qui prévoit d’instaurer un délit d’"occupation illégale".

    Alors, sans doute, dans telle boite, dans tel service, on peut être à la CFDT sans se sentir ou se vouloir impliqué dans la politique que cette confédération applique. Mais pas d’(auto)intox, les faits sont têtus, depuis 1981 et l’absorption des dirigeants de la CFDT dans la logique d’un état gestionnaire, la CFDT est devenue une institution qui organise le travail (des autres) et les inégalités, une centrale qui gouverne le travail sans plus défendre ni les besoins ni les aspirations des salariés.

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  • dom 6 février 2009 à 11:03

    Symptômes préfascistes : oui le corps fabrique ses anti-corps.

    Préventivement. Un maillage répressif rigoureux est mis en place. Au cas où et de manière dissuasive. Et inversement. Les issues sont bouclées. Et après réflexion(ssss), seules les urnes pourraient les libérer. Nous sommes faits comme des rats. Et ce n’est pas un piège qui nous est tendu, mais une logique de résultat.

    Alors en face de cette logique que trouvons nous ? Combien seront-ils ceux qui comprendront, donc se rassembleront ?
    Je tiendrai pour responsables les orgueilleux. Point.

    A Monsieur Patrice Ruiz : ah vous me donnez l’occasion. Justement, par je ne sais quel cheminement subliminal, il se trouve que j’ai acheté hier la version papier de Politis que je n’avais plus acheté depuis l’intrusion d’internet dans ma vie. Plus d’un an.

    Monsieur Ruiz, laissez moi vous dire quel plaisir de découvrir la nouvelle formule, papier lissé, lecture claire, couleurs discrètement chaleureuses. Le contenu ? En fait, je n’y ai lu pour l’instant que "De bonne humeur" de S. Fontenelle, et j’ai compris que c’était ça finalement qui m’avait poussée à acheter le journal papier.

    Et bien je vais m’en prendre 2 abonnements.

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  • 6 février 2009 à 11:36

    Dire que la socièté française glisse vers un régime dictatorial est peut-être plus qu’un état d’âme et quand bien même s’en serait un ça changerait des soubrettes majoritaires....

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  • 6 février 2009 à 17:35

    Moi Chérèque en Schtroumpf jaune ça me parle.

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  • 6 février 2009 à 18:09

    Ce gros nounours de Chérèque était l’invité ce matin de jjBourdin sur RMC.A la question posée : "ne serait t’il pas possible de filmer les réunions -Patronnat, Etat et Syndicats-" pour avoir une meilleure idée des débats.......Réponse embarassée de notre homme.Euh... ! non... surtout pas, ça deviendrait du théatre ??
    A méditer ........... !!!!!!!!!

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  • Farid B 6 février 2009 à 18:45

    Bonjour,

    Au sujet de la cfdt collabo, B Langlois reprend le compte rendu d’une réunion patronal avec Chereque. On très bien être critique vis à vis de la direction d’un syndicat et respecter les militants sinceres et desinteressés qui se battent pour les interêts de leur collegues salariés. Il ne faut pas se sentir visé en tant que militant.

    Il est vrai que certains dirigeants de syndicats (pas tous) servent de tampon pour "réguler" la contestation de la base, ils deviennent en toute conscience le bras inhibiteur d’un gouvernement réactionnaire et impitoyable.
    Dans le cas de la CFDT malheureusement (et je parle du haut de la pyramide) à la lumière des faits, on ne peut que converger avec les propos de B Laglois dont l’esprit aiguisé sait avec beaucoup de justesse decrypter les enjeux de notre société.

    Quand les hautes spheres de la CFDT ne defendent plus l’interet des salariés en face d’un état qui abat ses réformes virulentes, notre devoir est de le critiquer d’autant plus que les média favorisent l’omniprésence de la CFDT. Ceci empeche l’emergence d’une véritable revendication ... et d’une véritable force de contestation ...

    Je suis prêt à fournir un groupe électrogène à M Langlois pour compenser les défaillances du réseau domestique pour qu’il puisse faire paraitre ses papiers quotidiennement Et biensur à faire de la pub pour politis afin de compenser les grandes vagues de départs coercitifs des abonnés très ouverts à liberté d’opinion ...

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  • B.L. 6 février 2009 à 18:58

    « Je suis prêt à fournir un groupe électrogène à M Langlois pour compenser les défaillances du réseau domestique pour qu’il puisse faire paraitre ses papiers quotidiennement Et bien sur à faire de la pub pour Politis afin de compenser les grandes vagues de départs coercitifs des abonnés très ouverts à liberté d’opinion ... »

    Merci Farid !
    Pour le groupe, laissez tomber, une p’tite panne de temps en temps, ça me repose ! Pour la pub pour Politis, surtout, pas d’hésitation !

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  • sergio 6 février 2009 à 20:45

    selon les informations divulguées par les médias (radio, télé, presse écrite etc.) il s’agit clairement de relayer l’action du gouvernement Sarkozy en canalisant le mécontentement des salariés, (c’est dit de façon plus ou moins explicite par nos deux protagonistes : le gouvernement Sarkozy et certains syndicats.) Leur collusion dans ce cas paraît évidente (sans faire de l’"anti" primaire, un rôle détestable par essence, et les gardiens de l’idéologie dominante sont mieux armés pour cela).
    Les uns sont clairement les complétifs des autres, certains syndicats pour la journée d’action du 29 janv. 2009, ont suppléé le gouvernement Sarkozy, en canalisant le mécontentement des salariés des deux secteurs, privé et public. Ils ont intentionnellement freiné la révolte ambiante, et en les contraignant, les syndicats ont répondu, au mot employé à dessein par Sarkozy, qui, pour parler de cette journée l’avait qualifié de "légitime". Ce mot employé à dessein, était un signal fort en direction de certains syndicats.
    Le trop fameux "Je vous ai compris..." d’une autre époque, signifiait, à présent faites votre boulot ! C’est bien la preuve qu’ils sont complémentaires.
    Le lien, dont il est question plus haut, n’est pas distendu entre le gouvernement Sarkozy et les syndicats, et ces deux protagonistes veillent à ce qu’il le soit beaucoup moins entre eux et les salariés.
    A eux d’être vigilants, certains syndicats ont senti le piège et ont pris leur distance, ce 29 janv. 2009, ne doit pas être un coup de semonce, mais le début d’un rapport de force au profil des salariés, et seulement des salariés.
    Depuis plus de vingt ans on leur vend des salades, à eux d’imposer leur point de vue. Leurs sacrifices imposés aux noms du tout fric, doit-être une époque révolue, il est temps pour eux de reprendre la main, de gré ou de force ! Les syndicats et le gouvernement savent que la marge de manœuvre est réduite, ils feront tout leur possible pour le faire oublier aux salariés. Le rapport de force est en leur faveur, ils ne doivent rien concéder.
    Qu’ils ne demandent rien, qu’ils prennent tout !

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  • Luc Douillard 8 février 2009 à 23:46

    Durant les années 1960 et 1970, la CFDT était le syndicat le plus avancé, débordant souvent la CGT sur sa gauche (on de la peine à le croire aujourd’hui), et de plus constamment inventif sur le plan social et sociétal, avec le thème de l’autogestion, l’illustration de la créativité ouvrière autour de luttes phares comme Lip, etc.

    Comment ce syndicat a pu ainsi changer progressivement de nature, jusqu’à devenir aujourd’hui le premier partenaire du MEDEF et l’appui souvent assumé et hautement revendiqué des réformes gouvernementales antisociales, comme sur les retraites ou les allocations de chômage ?

    Et le pire, c’est qu’on croise tous les jours à la base de la CFDT des gens sincères, qu’il ne sert à rien d’insulter, même si le Bureau national, lui, mérite amplement le mépris et le dégoût. Notamment lorsqu’il va jusqu’à porter plainte contre des militants chômeurs, au risque de faire reculer gravement la jurisprudence des libertés en France.

    Il y a là un mystère et une leçon à tirer.

    Une leçon d’abord : Sur la fragilité de la démocratie organisationnelle. Un million de syndiqués CFDT souvent très valeureux et dévoués, mais désunis, n’ont rien pu faire contre une petits équipe isolée, mais bien placée au sommet du Bureau national, bien organisée et bien disciplinée, patiemment déterminée à changer progressivement le syndicat, en profondeur, quitte à encourager les départs successifs par tranches selon la méthode du « salami », et ceci sur une phase de longue durée de plus de 25 ans (Edmond Maire, Nicole Notat, François Chérèque) qui a commencé vers 1978 avec le « recentrage » annoncé d’en haut de l’organisation.

    Un mystère également. En 1995, la gauche CFDT était encore en situation de force suffisante pour mettre Nicole Notat en minorité sur un vote de congrès (à Montpellier), alors que pourtant le système de délégation de congrès désavantage généralement les dissidents.
    En fait, on ne peut plus esquiver la lourde responsabilité de la gauche CFDT qui a largement travaillé à son propre suicide par paresse ou par désintérêt, faute peut-être de relais culturel avec les anciens des milieux très modestes qui avaient construit la CFDT au sortir de la CFTC. Une gauche CFDT, qui elle aussi avait semble-t-il oublié le thème de l’autogestion et ses racines populaires, qui s’est montrée incapable de se fédérer, de se donner des moyens en terme d’expression (un journal, etc) et de formation syndicale (stages, rencontres interprofessionnelles), de s’imposer comme incontournable dans les luttes sociales, bref, de prendre à témoin l’opinion publique interne et externe à la CFDT.

    Il faut avoir le courage de dire que les dirigeants de la gauche CFDT se sont montrés souvent le plus souvent égoïstes, ne pensant surtout qu’à sauver leurs petits prés carrés de permanents ou de titulaires d’heures de décharge syndicale, quitte à changer au dernier moment de boutique syndicale, et de négocier leur survie en dépeçant la CFDT par lotissements successifs. Ainsi, le syndicalisme français a vécu avec l’arrivée de SUD un peu plus de division syndicale, mais n’a pas forcément gagné une confédération aussi combattive qu’elle le proclame, car les faits sont têtus et le confort des décharges syndicales, le patriotisme d’organisation, la dérive électoraliste qui rend le militantisme superflu, l’oubli si humain du monde extérieur quand on n’est plus au boulot avec ses pairs, la langue de bois rassurante... recommencent déjà à se faire sentir. (Même si j’ai mes meilleurs amis du monde à SUD PTT notamment...). En fait, nous payons tous le cadeau empoisonné des lois Auroux, que Sarkozy se garde bien de remettre en cause, car elles donnent le maximum de confort aux strates supérieurs du syndicalisme, qui contrastent avec la précarité dramatique des militants isolés dans des entreprises sous-syndiquées. A partir de Mitterrand, le syndicalisme, ceci surtout dans la fonction publique, qui auparavant était un engagement militant et altruiste, tend à devenir progressivement une profession comme une autre et même une carrière. Et pas qu’à la CFDT. On en est là.
    Pour finir sur une note plus optimiste, je suis heureux que la CFDT n’ait pas rompu le front inter-syndical unitaire, et j’espère que cette unité dans les cortèges persistera, trouvera une forme d’expression originale à la hauteur de l’enjeu, qui balayera tous nos conservatismes et nos lâchetés et se politisera jusqu’à... la défaite finale de Sarkozy.

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  • Sébastien Fontenelle 9 février 2009 à 14:59

    « Qu’ils ne demandent rien, qu’ils prennent tout ! »
    Clapclapclapclapclapclapclap !
    (Applaudissements nourris, standing ovation, et tout, et tout.)

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  • 9 février 2009 à 15:02

    A toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la CFDT et au syndicalisme en général, je conseille le livre "syndicalistes de la CFDT à la CGT" déjà évoqué dans les colonnes de Politis.

    C’est une mine d’infos et de réflexions pour aujourd’hui et demain. Ecrit par d’anciens responsables CFDT, c’est un ouvrage indispensable.

    On peut le commander par mail à l’adresse suivante : syndicalistes@ras.eu.org

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  • Gaël 9 février 2009 à 15:50

    C’est étonnant ce qu’on peut reprocher à la CFDT quand on lit la suite des commentaires à l’article de Bernard Langlois : la remise en cause des droits à la retraite pour tous les salariés, la réduction de l’assurance chômage, la canalisation de la légitime colère des salariés face au patronat et au capitalisme en général, le développement de la précarité...
    On trouve là un bouc émissaire facile aux problèmes de la société en oubliant quelques éléments du débat mais c’est tellement plus simple d’oublier que _ :
    - sur les retraites si les fonctionnaires (majoritairement syndiqués dans une organisation non confédérée) ont payé l’addition cela a permis à des centaines de milliers d’autres du secteur privé de partir après 40 ans de turbins (au lieu des 44, 45, 46 ans...d’un régime censé permettre à tous de partir au bout de 37,5 ans)
    - sur l’UNEDIC aujourd’hui, s’il n’y a pas d’accord entre patronat et syndicats de salariés ce sera l’Etat qui décidera...
    - la place de la CFDT dans la revendication de la réduction du temps de travail (les 35 heures), seule mesure mise en place par un gouvernement qui ait permis de réduire le chômage
    - que la précarité est liée à l’évolution du capitalisme que la CFDT (comme d’autres organisations syndicales) conteste en revendiquant que les salariés des entreprises sous traitantes soient protégés comme ceux des entreprises donneuses d’ordres

    Alors être critique vis a vis des positions de la CFDT, oui mais sans dogmatisme ou bien on risque de se tromper de combat.

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  • Luc Douillard 9 février 2009 à 16:24

    À propos de la CFDT (suite)

    La CFTC a été créée en 1919 par l’Eglise catholique comme oeuvre de mission pour contrer la CGT. C’est un fait historique. Une ou deux générations plus tard, après l’expérience trempée de la Résistance, puis de l’anticolonialisme pendant la guerre d’Algérie, et de la réelle (pas fantasmée) condition ouvrière des nombreux militants issus de la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne), la CFTC s’émancipait définitivement de l’épiscopat et donc aussi de l’idéologie du patronat paternaliste, et devenait CFDT.

    Il faudrait étudier le rôle politique singulier des aumôniers de gauche qui ont accompagné et conforté cette évolution laïque radicale. Mais c’est trop demander à des historiens et à des sociologues qui n’ont généralement aucune empathie avec leurs sujets d’étude, et très peu de courage intellectuel, et donc pas de connaissances réelles, à part la sous-culture de la télé et du Nouvel Obs.

    Et comme la nouvelle CFDT des années 1960 ne prenait pas non plus ses ordres à Moscou (comme à la CGT par le PCF) ou chez la CIA (comme FO au départ), c’était parti pour une divine surprise : deux ou trois décennies d’expérience très riche, profondément "syndicaliste révolutionnaire", comme à l’époque des Bourses du travail d’avant 1914.

    C’est la raison pour laquelle je crois que la future couche sociale contestataire radicalement anticapitaliste sera également surprenante, et proviendra peut-être, probablement, contre toute attente, des petits patrons indépendants et des cadres venus de droite et du centre. Soyons certains qu’ils seront plus sincères et plus décidés dans la lutte de classe, que les actuels idéologues qui se croient de gauche.

    (Maintenant, reste à comprendre pourquoi la CFDT s’est vue normaliser de plus en plus à droite entre 1978 et 2003, mais il y a des explications bureaucratiques, les mêmes d’ailleurs qui expliquent plusieurs naufrages contemporains. Disons que la colonisation du syndicalisme français, d’une part de l’extérieur par le gouvernement PS mitterrandien, d’autre part de l’intérieur par la LCR, y sont pour beaucoup.)


    Original Message -----

    Une réaction au précédent message :

    From : Philippe XXXXXXXXX
    To : cfdt-reconstruction-owner@groupesyahoo.ca
    Sent : Monday, February 09, 2009 3:59 PM
    Subject : Re : [cfdt-reconstruction] À propos de la CFDT

    Bien vu,
    Cela correspond pile à mon ressenti.

    Par faiblesse militante, on regroupe, on nomme des permanents qui n’ont plus qu’une idée garder leur petit job et les avantages qui vont avec.
    Faire du syndicalisme imaginatif, combatif, renouvelé, ressourcé, ouvert et sans tabous est relégué, enterré, achevé par une oligarchie appuyée par ses permanents et le laisser-faire des foules.

    La base n’a plus jamais son mot à dire, sauf quand il n’y a plus d’enjeu.
    Les syndicats ont reproduit chez eux les institutions de la 5ème République : le Chef, un " Parlement " fantoche, une aristocratie démocratique, un débat verrouillé et des élections bidon.
    Les salariés sont de grands sages en n’adhérant pas à ces "machins", mais il faudra bien qu’un jour ils reprennent les commandes (quitte à me foutre dehors moi aussi, ce à quoi je les invite), et là tout sera...
    ...à reconstruire...

    Un 1/2 permanent CFDT qui essaie encore et toujours...

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  • PMB 10 février 2009 à 15:18

    Ben moi j’ai quitté la CFDT, avec quelques autres de ma section... justement pour un problème de démocratie syndicale.

    Et ce ne sont pas les notables Notat-Chérèque qui m’y auraient fait revenir.

    J’ai lu il y a peu cette blague : si on rétablissait l’esclavage, la CFDT négocierait la longueur des chaines.

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  • Gilbert 10 février 2009 à 17:27

    Tu ne réponds en rien aux accusations précises. Tu évoque la négociations en général et les avantages obtenus. Mais lesquels pour les chômeurs et précaires ?
    Réponds sur la collaboration avec le MEDEF si tu l’oses ! Réponds sur ce procès indigne contre des chômeurs et précaires. Je commence à en avoir soupé du distinguo entre la direction, qui serait pourrie, et les braves militants qui n’en peuvent mais. La direction, qui l’a mise en place ?
    Elle n’est forte que des renoncements des militants de base. Reprenez-vous, bordel. Virez ces lèche culs du patronats, les Chérèque, Annie Thomas, etc.
    À se demander si ce ne sont pas eux qui ont palpé le fric de l’UIMM.

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  • mfgtour 10 février 2009 à 17:54

    Chérèque va se fâcher tout rouge ! Et nul doute qu’avec ses copains du syndicat des syndicalistes responsables, il n’hésitera pas à programmer une nouvelle grande journée d’action (mais attention, faudrait pas se gourer sur la date, c’est bientôt les vacances de février, s’agirait pas de faire un bide, des journées comme ça, ça se prépare avec soin, on pourrait fixer une date aux alentours du 15 mars, qu’en pensez-vous camarades ?)

    Super bien vu ! Ce sera le 19 mars la prochaine promenade hygiénique...

    A ce rythme-là on sera vite aux vacances...

    Et n’oubliez pas, dans les cortèges, de mettre la CFDT en tête, c’est plus prudent (que de les avoir derrière)...

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  • mfgtour 10 février 2009 à 18:08

  • dom 11 février 2009 à 07:23

    Excellent !

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  • Luc Douillard, citant un extrait de livre 12 février 2009 à 01:13

    Eclairage, pour tous ceux qui se font encore des illusions sur la CFDT.

    Extrait du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés »
    (Fayard), p 125.

    LA CFDT ET M. CHÉRÈQUE, EN PRIVÉ

    Compte rendu de la rencontre organisée le 27 mars 2007, entre leader de la
    centrale et le cercle patronal « ETHIC », dirigé par Mme Sophie de Menthon.
    Extrait du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés »
    (Fayard), p 125.

    Quelques jours après le petit-déjeuner en compagnie de deux cents membres
    d’Ethic et de François Bayrou, mon téléphone sonnait. On me demandait si je
    désirais participer à un remake, cette fois-ci au Cercle interallié et en
    compagnie de François Chérèque. Le leader de la CFDT face à des patrons
    déterminés à la veille de la présidentielle sur des thèmes sociaux,
    politiques et économiques ne pouvait laisser indifférent. Mais une mauvaise
    surprise m’attendait, la veille dudit petit-déjeuner : un contrordre fut
    donné dans des termes qui ne pouvaient qu’aiguiser ma curiosité :
    - Sophie de Menthon vous fait dire que si cela ne tenait qu’à elle il n’y
    aurait pas de problème, mais c’est M. Chérèque qui pose comme condition
    l’absence de tout journaliste.
    - Même en demeurant discret ?
    - Même, nous sommes désolés. Il nous a dit que c’était une condition absolue
    à sa venue.

    Le lendemain matin, je décide de passer outre. Je gravis les marches du
    Cercle interallié, passe le petit perron de l’entrée surmonté d’une
    imposante et néanmoins gracieuse marquise, ignore un valet de pied en
    jaquette noire et gilet rouge et pénètre dans le petit salon réservé pour le
    leader de la CFDT. Étonnement de la secrétaire d’Ethic préposée aux badges,
    air confus de ma part, incompréhension feinte pour obtenir enfin
    l’autorisation de m’installer dans un coin de la salle avec engagement
    strict de ne pas piper mot.

    Devant une assistance très réduite comparée à celle venue assister à la
    prestation du leader de l’UDF, Sophie de Menthon accueille l’invité :
    - Cher François Chérèque, c’est un grand plaisir. Mais laissez-moi vous
    dire, à vous qui avez eu par le passé le courage de soutenir des réformes
    difficiles, que je déplore l’absence de la presse. Vous auriez dû au
    contraire médiatiser au maximum cet événement, vu l’importance de votre
    discours.
    - Merci de m’accueillir. Et commençons donc par la presse. J’ai demandé à ce
    qu’elle ne soit pas présente car j’ai décidé de vous parler franchement,
    sans détour, directement. Entre nous, sans journalistes, ce sera plus
    simple !
    - Pour nous confier des secrets ? plaisante la salle.

    Je connaissais la connivence qui peut exister entre les partenaires sociaux.
    « Les réunions à répétition rapprochent », dit-on. Mais là, il s’agit de tout
    autre chose. François Chérèque promet le discours de la vérité comme s’il se
    trouvait dans une réunion de famille qu’il ne faudrait pas perturber.

    Durant une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT
    réserve à ses hôtes très satisfaits un discours des plus politiques.
    « L’économie est poussive » et « le premier des problèmes concerne
    l’investissement » car nous « n’avons pas décliné les objectifs de Lisbonne ».
    - Plus clairement ? demande Sophie de Menthon.
    - Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de
    l’assurance-maladie, de la santé, des hôpitaux n’ont pas été accomplies.

    En une phrase, François Chérèque fait siennes l’ensemble des mesures qui ont
    pesé dans le vote négatif du peuple français le 29 mai 2005. Mais
    qu’importe, la salle communie.
    Il aborde ensuite « l’organisation du marché du travail », « l’existence de la
    précarité », mais aussi d’une « trop grande rigidité pour les entreprises ». Il
    dénonce le développement de la sous-traitance comme « facteur d’augmentation
    des inégalités ».
    - D’inégalité pour qui ? demande un curieux dans la salle.

    J’attends une réponse syndicale. Surprise !
    - Pour les petites entreprises, répond du tac au tac le leader de la CFDT.Je
    me tourne vers mon voisin de table :
    - Je croyais qu’il parlait des employés. Pour un syndicaliste il est assez
    ouvert, non ?
    - Oui, mais si les entreprises ne vont pas bien, les employés non plus. Ce
    qui compte, c’est l’entreprise, et lui, il a compris !

    Au micro, François Chérèque en est à la dénonciation de « la culture du
    conflit », condamne « la CGT qui pousse à la grève dans les ports de
    Marseille », ou « FO qui fait la loi chez les communaux », « la nécessité d’y
    imposer une CFDT qui aujourd’hui y a des problèmes ».
    - Comment ? questionne Sophie de Menthon.
    - Par tous les moyens !
    - Je suis troublée, vous reprenez nos positions, que nous exprimons
    publiquement, intervient la présidente d’Ethic.

    Galvanisé, Chérèque annonce la nécessité de « faire évoluer le contrat de
    travail », de ne « pas opposer la flexibilité à la rigidité », de réaffirmer
    « l’attachement à l’Europe » alors que « nous avons mis le drapeau bleu blanc
    rouge le jour anniversaire du traité de Rome, ce qui était lamentable ».
    - Reste la méthode ? demande Sophie de Menthon.

    Alors le président de la CFDT parle de « représentativité ». Il a déjà
    rencontré à plusieurs reprises « les conseillers de Sarkozy et le candidat
    lui-même » avec qui ils sont « plutôt tombés d’accord ». Il faut « reconnaître
    les syndicats dans les entreprises », et non plus au niveau national
    indépendamment des élections à la base.
    - Atomiser l’interlocuteur, c’est ça qu’il faut, me glisse à l’oreille mon
    voisin attentif.

    François Chérèque, comme s’il lui répondait en écho, développe l’exemple de
    Renault. « S’il n’y a pas de licenciement », c’est uniquement parce que « les
    ouvriers prennent aujourd’hui les jours qui correspondent aux 35 heures de
    2008 ». À l’inverse, à Sandouville, « la production est à flux tendu », donc
    « ils font 42 heures par semaine ».
    - En discutant à la base, la flexibilité s’organise et s’impose d’elle-même.
    - Pourquoi, avec ce discours, êtes-vous au premier rang dans les
    manifestations ?
    - J’ai manifesté contre le CPE car le ministre avait été ridicule dans la
    forme. Mais sur le fond, nous sommes bien sûr d’accord pour revoir le
    contrat de travail.

    Dans la salle on est au bord de l’applaudir.
    - Votre différence n’est pas assez marquée avec la CGT, insiste Sophie. Même
    si Thibault est assez positif, il existe des possibilités de débordement.
    - Sur le terrain, c’est parfois compliqué, mais plus on va vers
    l’entreprise, je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela.
    Prenez l’accord Bosch sur le temps de travail. II y a 200 accords du même
    type, mais personne n’en parle. Laissons les choses se faire dans les
    entreprises, il y a une adaptation !
    - Vous avez des priorités ?
    - La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur
    les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux. Puis
    reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI, c’est trop paralysant.
    Donc redistribuer vers l’assurance chômage qui sera plus sollicitée. Enfin,
    la sous-traitance, dossier difficile...
    - Pas tant que cela, intervient un des vingt membres d’Ethic installé dans
    la salle.
    - Si, par exemple, prenez Airbus. À vous je le dis : l’État n’a pas à mettre
    un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été fait à Boeing ! Augmenter et
    développer la sous-traitance et mettre tout cela en concurrence.
    - Mais vous y êtes arrivé sur les retraites ? C’était bien plus chaud, non ?

    Le leader syndicaliste en serait presque à bicher.
    - Vous accepteriez d’être ministre du Travail de Nicolas Sarkozy ou de
    Ségolène Royal ?
    - Non, je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe. Je peux faire de
    la pédagogie. Ségolène a compris sur les retraites, par exemple, et elle
    n’est plus pour l’abrogation de la loi Fillon. En mettant la gauche face à
    ses contradictions, on aboutit au discours de Villepinte où la candidate
    socialiste fait de la dette sa priorité et reconnaît l’économie de marché.
    Mais pour cela, il faut être là où je suis.
    - Puisqu’on est entre nous, vous voterez pour qui ?
    - Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre l’extrême
    droite ou l’extrême gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par
    respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité,
    elle serait sans aucun doute d’accord. D’ailleurs, l’extrême gauche a aussi
    fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.
    - Vraiment ?
    - Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux, vous savez !

    Dans la salle on s’esclaffe.
    - Vous voyez bien le mal que j’aurais eu si la presse avait été présente.
    - Pour qui voteriez-vous donc ? insiste Sophie de Menthon.
    - Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.
    - En privé ?
    - Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va
    très bien. On s’y met dès juillet.
    Sourire de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle.

    (Fin de citation)


    L’existence de cette réunion clandestine de Fr. Chérèque avec les patrons d’
    "Ethic" n’a toujours pas été démentie par la CFDT... Ce témoignage serait
    donc véridique ? En tous cas, le cercle "Ethic" confirme un petit-déjeuner
    du mois avec Fr. Chérèque à la date du 27 mars 2007 :
    http://www.ethic.fr/?IDINFO=4226#ANC27

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