Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Irlande du Nord : Réminiscences du conflit passé

L’Irlande du Nord, en paix (fragile) depuis 1998, renoue avec ses démons. Depuis deux bonnes semaines, des émeutes ont lieu presque chaque nuit, particulièrement côté protestant (fidèle à la Couronne britannique), brièvement interrompues en raison du décès du prince Philip. La raison ? Les accords avec l’UE suite au Brexit, auxquels les catholiques du Sinn Fein étaient opposés, ont paradoxalement réalisé un de leurs vieux rêves : la frontière avec la République d’Irlande n’a pas été rétablie, mais une frontière commerciale instaurée dans les quartiers défavorisés entre la Grande-Bretagne et l’Ulster ! Les « unionistes » (pro-Britanniques) crient à la trahison, alors que l’évolution démographique risque, pour la première fois depuis cent ans, de les voir devenir minoritaires.

Présidentielle : Fabien Roussel (presque) candidat

Sans surprise, Fabien Roussel est parvenu à imposer sa ligne à la conférence nationale du PCF, les 10 et 11 avril. Son plan d’une candidature communiste autonome à la présidentielle a été accueilli favorablement par 66,41 % des délégué·es venant des fédérations du parti. Et le secrétaire national a été choisi pour endosser le rôle par 73,57 % des délégué·es contre 1,97 % chacun pour les deux autres candidats, 22,48 % s’abstenant. Concernant les législatives et d’éventuelles alliances, le flou reste de mise. Si le texte adopté par la conférence évoque le principe d’un « pacte commun », ses contours restent vagues. Quant à l’élection présidentielle, tout n’est pas joué pour Fabien Roussel, qui doit encore convaincre une majorité des adhérent·es communistes, invité·es à se prononcer entre le 7 et le 9 mai.

Équateur : Les « nuls » ont choisi

Ex-banquier, membre de l’Opus Dei, Guillermo Lasso a été élu président après trois tentatives. Le conservateur devance Andrés Arauz, social-démocrate (Unes), poulain de l’ancien président Rafael Correa, avec 52,5 % des suffrages. Et surtout grâce à 17 % de bulletins nuls : c’était la consigne de vote de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur et du parti Pachakutik, dont le chef de file, Yaku Pérez, avait été évincé du second tour du scrutin pour quelques voix – une fraude, avait-il dénoncé. Son programme indigéniste, écologiste et de gauche, radical, ne s’accommodait pas des trahisons passées de l’Unes. Mais Lasso aura les mains liées : si la gauche perd la présidence pour la première fois depuis 1998, elle reste majoritaire au Parlement.

Côte d’Ivoire : Bouaké, la loi du silence ministériel

Devant un box des accusés vide, le procès du bombardement de Bouaké n’avait toujours pas permis, mardi 13 avril, de faire la lumière sur cette affaire qui remonte au 6 novembre 2004. Ce jour-là, des appareils Soukhoï russes avaient lâché leurs bombes sur le camp militaire français de Bouaké, en Côte d’Ivoire, tuant neuf militaires français et un civil américain. Si on ignore tout des commanditaires, on a acquis la quasi-certitude que les pilotes étaient des mercenaires biélorusses et leurs copilotes ivoiriens. Les suspects ont été interceptés dix jours plus tard au Togo, mais, alertés, ni le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, ni sa collègue de la Défense, Michèle Alliot-Marie, ni le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin n’ont donné suite, et les suspects ont été relâchés. Une décision prise « au plus haut niveau », a affirmé à l’audience l’ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Comprendre Jacques Chirac à l’Élysée et des ministres aussi concernés que muets. Pour l’avocat, Jean Balan, cité par RFI, l’hypothèse la plus probable est celle d’une « manipulation française qui a tourné à la bavure ». Une opération visant à faire porter le chapeau au président ivoirien de l’époque, Laurent Gbagbo. L’ombre d’un énorme scandale d’État.

Islamophobie : La preuve qu’elle « n’existe pas »

Vendredi 9 avril, un incendie criminel ravageait une porte de la mosquée Arrahma à Nantes. Après vingt-quatre heures d’investigations, la police recherche « un homme marginalisé et alcoolisé »… Circulez, il n’y a rien à voir ! Ce même 9 avril, un néonazi de 24 ans qui avait menacé de s’en prendre à une mosquée du Mans était écroué. Dimanche 11, à la veille du ramadan : la mosquée Avicenne de Rennes se réveille souillée de graffitis : « 732 Charles Martel, sauve-nous », « Non à l’islamisation », « Les croisades reprendront », « Mahomet prophète pédophile »… « Ceux qui s’attaquent à des lieux de culte sont des séparatistes », déclare alors Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur, en bon pompier pyromane, a même immédiatement fustigé sur Facebook des « actes musulmans »… un lapsus corrigé quelques heures plus tard par une condamnation ferme d’actes « antilusulmans » (sic). Racistes et islamophobes auraient été plus clairs.

Birmanie : Formidable résistance populaire

Alors que la realpolitik régionale (Chine, Inde) bloque l’adoption de sanctions radicales contre la junte militaire, les Birman·es montrent une étonnante détermination face à la répression à balles réelles (au moins 700 morts en deux mois), avec une très créative stratégie de l’image qui alimente en permanence les médias étrangers. Masques pour anonymiser les visages, chants révolutionnaires nocturnes du haut des fenêtres, adoption du signe de ralliement de Hunger Games, œufs de Pâques décorés de slogans, peinture rouge sur plusieurs avenues de Rangoun pour rendre visible la répression sanglante, etc. Les femmes, en première ligne, ont imaginé suspendre des pagnes en travers des rues pour entraver les forces de l’ordre : en Birmanie, passer sous un vêtement féminin affaiblit leur énergie, considèrent les hommes…

Justice : Éric Dupond-Moretti ou la force des convictions

Le garde des Sceaux s’enfonce chaque jour un peu plus dans le reniement de lui-même. Lui qui conspuait les cours criminelles départementales mises en place dans certains territoires pour remplacer les cours d’assises et leurs jurys populaires clamait à son arrivée à la chancellerie qu’il se battrait « comme un forcené » pour sauver ces dernières. Il dénonçait avec force le processus par lequel on exclut le peuple de la justice, pourtant rendue en son nom, car, disait-il, « il n’y a rien de plus démocratique que la cour d’assises ». Cet homme, donc, vient d’annoncer la généralisation des cours criminelles départementales et par conséquent… la mort de la cour d’assises. C’est beau, la force des convictions ! Évidemment les pénalistes s’effondrent un peu plus en voyant le paillasson qu’est devenu leur ancien confrère. « Éric, réveille-toi ! » a même twitté Me Frank Berton, l’un de ses plus anciens et proches confrères.

Corruption : Le Parquet a ses raisons d’État

Le Parquet national financier (PNF) et l’Agence française anticorruption ont fermé les yeux sur la corruption entourant la vente de 36 Rafale à l’Inde en 2016, affirme Mediapart. Un contrat de 7,8 milliards d’euros signé grâce à Sushen Gupta. L’entreprise de cet homme d’affaire douteux, qui a touché plus d’un million d’euros de Dassault, le constructeur des avions de chasse, finançait au moment de la vente un film de Julie Gayet, compagne du président François Hollande… Alerté par l’ONG Sherpa en 2018, l’ex-cheffe du PNF, Éliane Houlette, aurait refusé d’enquêter sur cette affaire d’État qui impliquait aussi Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, et Jean-Yves Le Drian à la Défense. « Il faut bien préserver les intérêts de la France », avait justifié la procureure.

La France prépare l’austérité

Comme chaque année à cette période, le ministère de l’Économie planche sur le programme de stabilité que la France doit envoyer à la Commission européenne. À en croire une fuite organisée dans Les Échos, il faut remonter quarante ans en arrière pour trouver un régime de compression des dépenses publiques aussi dur. Bercy envisage même de graver une norme budgétaire pluriannuelle dans le marbre de la Constitution, pour contraindre les majorités futures à suivre sa politique d’austérité budgétaire. Ces projections sont certes purement théoriques et surtout destinées à rassurer la Commission, mais elles dessinent la voie de sortie de crise privilégiée par l’exécutif.

Amazon vote contre les syndicats

C’était un moment historique au sein d’Amazon : le premier scrutin portant sur l’affiliation d’un de ses sites américains à un syndicat. Las ! après des mois de campagne auprès des salarié·es, la firme a finalement convaincu plus de la moitié des votants (1 798 sur 3 215) de voter contre. Le syndicat RWDSU a déjà annoncé qu’il porterait plainte pour « interférences illégales ».

Large soutien à ATD Quart Monde

« Réintégrer sans attendre ATD Quart Monde au sein du Cese » : c’est la demande adressée au gouvernement par 41 responsables associatifs, universitaires et politiques, dont Martine Aubry, Laurent Berger, mais aussi Valérie Pécresse. Seulement 2 sièges sur 175 sont attribués aux représentants de la lutte contre la pauvreté dans le futur Conseil économique, social et environnemental, alors qu’il s’agit de porter la voix de 15 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté.

Sale climat

La loi climat aura été bien malmenée à l’Assemblée comme dans la rue. Mercredi 7 avril, alors que des jeunes manifestaient devant le Palais-Bourbon pour appeler à plus d’ambition, des députés venus en soutien se sont vu verbaliser par les forces de l’ordre. Les demandes d’explication de Richard Ferrand n’ont pas inquiété le préfet de police, Didier Lallement : lundi 12, ce dernier a tout simplement interdit ces manifestations !

Libre-échange, coûte que coûte

En dépit des tensions géopolitiques, l’UE et la Chine ont conclu fin 2020 un accord d’investissement, poursuivant leur fuite en avant dans la libéralisation. Dans une note d’analyse conjointe publiée le 8 avril, Attac et l’Association internationale des techniciens, experts et chercheurs (Aitec) décryptent les « renoncements » européens en matière de droits humains. Emmanuel Macron pourrait être tenté de faire ratifier l’accord durant la présidence française de l’UE, début 2022.

En Bosnie, une déchetterie cachée

Pendant neuf mois, la ville de Drvar, en Bosnie-Herzégovine, a stocké à son insu près de 300 tonnes de déchets textiles italiens. Les montagnes de tissus en lambeaux, arrivés pour être recyclés, ont été dissimulées dans des entrepôts désaffectés. En découvrant l’arnaque, les habitants se mobilisent contre la pseudo-entreprise de recyclage et obtiennent, depuis le 29 mars, le retrait progressif des ordures. Reste un parfum de corruption dans l’air.

Fâcheux quiproquo

Un « dysfonctionnement procédural » a permis au suspect de l’incendie mortel de Courchevel, en janvier 2019, qui avait été interpellé à la frontière alors qu’il était en fuite, d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire. Évoquant plusieurs changements d’avocat, le procureur de Chambéry a expliqué que le courrier concernant la prolongation de sa détention provisoire a été envoyé au mauvais destinataire. Mis en cause par plusieurs enquêtes, le propriétaire des lieux, lui, n’est pas incriminé.

Une carrière En marche

Brune Poirson, élue LREM dans la 3e circonscription du Vaucluse en juin 2017, aussitôt bombardée secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, était redevenue députée en juillet 2020. Quasi inexistante à l’Assemblée, elle en a démissionné le 6 avril et devrait prendre la direction (nouvelle) du développement durable du groupe Accor. Un groupe où ce sont surtout les grèves qui sont durables.

« Valeurs » contre Valeurs

La sanction financière a été plus rapide que la sanction judiciaire. Après la publication fin août par Valeurs actuelles d’un roman fiction représentant en esclave la députée LFI Danièle Obono, la régie en ligne Taboola, qui commercialise la grande majorité des espaces publicitaires du site de l’hebdomadaire, a résilié son contrat, révèle le site de Capital (12 avril). Une décision, admise en appel par le tribunal de commerce, qui prive l’hebdomadaire d’extrême droite d’un tiers de ses recettes publicitaires.


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