Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité hebdomadaire, en bref.

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Élysée, morne plaine

Officiellement, il quittera le palais fin mars quand paraîtra son livre. Mais on peut penser que la démission annoncée d’Ismaël Emelien, 31 ans, conseiller spécial du Président, a peut-être un rapport avec ses liens de proximité avec Alexandre Benalla. Mediapart a révélé le 11 février les contrats colossaux conclus par le sparadrap explosif du pouvoir macronien avec deux oligarques russes sulfureux.

Redressement judiciaire pour L’Huma

En cessation de paiement, L’Humanité avait été placé sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny, avec le risque qu’une liquidation soit prononcée. Le tribunal a choisi le redressement judiciaire, qui permet au journal de poursuivre son exploitation. Dans le cadre de cette procédure, étirée sur une période d’observation de six mois, deux administrateurs judiciaires ont été désignés et une nouvelle audience est prévue le 27 mars. Avant une soirée de soutien (organisée à la halle Marcel-Dufriche, à Montreuil (93), le 22 février), L’Huma a lancé une souscription et une nouvelle campagne d’abonnements.

Tchad : Idriss Déby, sauvé par la Françafrique

Les dictateurs africains ont encore de beaux jours devant eux à l’ombre du « nouveau monde » macronien. Si l’Élysée a sommé le Vénézuelien Maduro d’organiser sans tarder une élection présidentielle, le Tchadien Idriss Déby (« réélu » en 2016 – au premier tour – pour un 5e mandat !) a eu droit, lui, à l’assistance expresse de Mirage 2000 de l’aviation française pour « neutraliser » une colonne « rebelle » d’une cinquantaine de pick-up, sans doute lourdement armés, en route vers la capitale N’Djamena pour le renverser. Des rebelles qui venaient d’être chassés du Sud libyen par le maréchal Haftar, aspirant dictateur à la succession de Kadhafi. Ce coup de pouce, pure opération de police aérienne intérieure, a été justifié par le Premier ministre, Édouard Philippe, comme « une réponse à [une]demande d’assistance », en vertu de l’accord de 1976 de « coopération militaire technique ». Un nouvel épisode de la Françafrique, dans la pure tradition de l’« ancien monde »…

Juppé « comprend » les nostalgiques négriers

Fin 2018, le conseil municipal de Bordeaux avait attribué le nom de Frantz Fanon à une ruelle d’un nouveau quartier. Décision qui a fait enrager des élus RN (ex-FN) et des blogueurs du site d’extrême droite Riposte laïque. Du coup, le maire, Alain Juppé, a décidé de « surseoir », en expliquant que le choix de Fanon « suscite des oppositions que je peux comprendre »… Ah bon ? En 2018, on peut donc « comprendre » qu’une des grandes figures du combat anticolonial, Martiniquais engagé pour l’indépendance de l’Algérie, indispose quelques nostalgiques racistes, mais s’accommoder qu’une vingtaine d’artères de la ville portent encore le nom de « gloires » locales esclavagistes ? Au lieu d’y penser pour une nouvelle rue, la ville se serait honorée à donner le nom de Fanon à, par exemple, la rue David-Gradis, armateur de navires de traite négrière à la fin du XVIIIe siècle.

États-Unis : démocrates au passé raciste

Les manifestations sont quotidiennes à Richmond, capitale de l’État de Virginie – qui fut aussi la capitale du Sud esclavagiste pendant la guerre de Sécession – pour réclamer la démission de ses trois principaux dirigeants élus, tous démocrates. Si le gouverneur adjoint est sous le coup d’allégations de nature sexuelle, le gouverneur fait face à des photos d’un album universitaire (des années 1980) retrouvées, où il apparaît soit grimé en homme noir, soit au côté d’hommes du Klu Klux Klan. En outre, le procureur général a aussi admis s’être peint le visage en noir dans sa jeunesse. Tous trois refusent pour l’instant de démissionner. Mais c’est le passé ségrégationniste de cet État qui refait surface, mettant en difficulté les démocrates, qui, longtemps dans le Sud pauvre, furent les meilleurs défenseurs des lois dites « Jim Crow », instituant la ségrégation raciale.

Migrants : mort à la frontière

Il n’atteindra jamais le refuge de Briançon. Un jeune Togolais de 28 ans n’a pas survécu à sa traversée des Alpes à pied depuis l’Italie, dans la nuit du 6 au 7 février. Un chauffeur routier a repéré son corps inanimé dans la neige le long de la route nationale, entre Montgenèvre et Briançon. L’institut médico-légal a conclu à « une probable mort par hypothermie ». Des associations, dont le collectif Tous migrants, Amnesty International, la Cimade, Médecins du monde, Médecins sans frontières, le Secours catholique et l’Anafé, continuent de demander « le respect des droits fondamentaux des personnes réfugiées et migrantes pour que cessent, entre autres, les drames aux frontières ». Le parquet de Gap a ouvert une enquête pour « homicide involontaire et non-assistance à personne en péril ». Mais qui sera désigné coupable ?

La Deutsche Bank fiévreuse

Les thermomètres s’affolent et inquiètent sur l’état de santé de la Deutsche Bank. Les « investisseurs » exigent des rendements au plus haut pour les obligations émises en euros par la banque systémique allemande, son cours en Bourse a chuté de 45 % l’an dernier et les spéculations vont bon train sur l’hypothèse d’une défaillance, selon le Financial Times. Or, si elle s’enrhume, ce sont les Bourses mondiales qui risquent d’éternuer.

Algérie : Bouteflika, bis repetita (5e)

La question n’est plus de savoir comment Bouteflika peut exercer ses pouvoirs : les rares images de lui, vieillard ramassé dans son fauteuil roulant, incapable de parler, en donnent une réponse sans nuance. La question est : qui gouverne donc l’Algérie depuis l’AVC qui a frappé le Président en 2013 ? Élu pour la première fois en 1999, « Boutef » a tellement bien équilibré les contre-pouvoirs – l’armée, les services de renseignement et la haute technocratie, mais surtout pas le peuple ou le Parlement – qu’à l’heure où, à l’évidence, une ­succession s’impose, le clan au pouvoir préfère maintenir au sommet une quasi-momie plutôt que de plonger dans l’inconnu démocratique. La question de la succession se posait déjà en 2014 quand le malade avait été un candidat fantomatique à un 4e mandat. Bis repetita cette année, pour un 5e mandat acquis d’avance. Près de la moitié des Algériens ont moins de 25 ans, mais l’élite – mafia serait plus juste – techno-militaire qui régente le pays et accapare ses richesses leur propose un avenir incarné par un impotent de 81 ans…

La photo de la semaine

© Politis

Des routes ont été coupées et des installations endommagées à la mine de Chuquicamata, dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, le 8 février, lors d’un épisode pluvieux d’une rare intensité dans cette région très aride. La compagnie nationale Codelco a décidé de fermer « préventivement » cette mine de cuivre, l’une des plus grandes mines du monde, qui contiendrait à elle seule 13 % du cuivre mondial.


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