Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Migrants : Écran de fumée mortel à Calais

Pendant le week-end de la Toussaint, un gigantesque dragon mécanique a réchauffé la ville de Calais en crachant du feu et de la fumée au-dessus des habitants et des badauds émerveillés. Les photos du Dragon de Calais, conçu par la compagnie nantaise La Machine, ont inondé les réseaux sociaux de la ville, qui cherchait à redorer son image. Ou plutôt à effacer toute trace des migrants qui vivent et dorment encore aux alentours de l’ancienne jungle. Dès le 18 octobre, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, a pris un arrêté interdisant « des occupations abusives, prolongées et répétées dans le centre-ville jusqu’au 6 janvier 2020 inclus ». L’élue ne cache même pas ses intentions fondées sur les festivités de fin d’année et le tourisme : « Les troubles générés par la présence de migrants risquent de fragiliser la bonne organisation de ces événements, d’une part, mais surtout de porter atteinte à la sécurité de ces familles et de ces touristes. »

Les associations dénoncent l’interdiction de distribuer de la nourriture aux migrants et la stigmatisation de ces derniers, encore et toujours délaissés par les pouvoirs publics. « Face à la chute des températures, aucune mise à l’abri pérenne n’existe, ce qui expose les personnes exilées à des risques potentiellement mortels. La frontière franco-­britannique a fait 42 morts en moins de deux semaines ! » ­s’indigne l’Auberge des migrants. Le 2 novembre, un ­Nigérian de moins de 30 ans a été retrouvé mort dans sa tente, intoxiqué au monoxyde de ­carbone. Il tentait de se réchauffer avec du charbon dans une boîte de conserve. Cette fumée-là n’avait rien de festif, d’artificiel. Cette fumée a tué un humain, et les pouvoirs publics ne peuvent le nier.

Kurdes : L’appel des rescapés du 13-Novembre

« En tant que survivants du terrorisme, il nous est impossible de rester silencieux et indifférents à l’attentat permanent que vivent ces populations, envers lesquelles nous avons une dette inestimable. » 44 rescapés des attentats du 13 novembre 2015 ont signé dans Le Parisien, le 31 octobre, un appel de « solidarité internationale » avec les combattants kurdes du Rojava, en Syrie, qui ont combattu « pour vaincre l’État islamique » et subissent depuis plusieurs semaines les assaut de l’armée turque d’Erdogan. Ils s’indignent de « la passivité de la France », qui « permet aujourd’hui l’évasion de centaines de terroristes et, parmi eux […] les jihadistes français les plus dangereux ». Venant de ceux qui souffrent encore du traumatisme du 13-Novembre, la honte de cet abandon des Kurdes est encore plus amère.

Harcèlement sexuel : La parole politique d’Adèle Haenel

Adèle Haenel a décidé de prendre la parole pour témoigner des « attouchements » et du « harcèlement sexuel » qu’elle a subis. Mis en cause : le réalisateur Christophe Ruggia, avec lequel elle a commencé au cinéma dans Les Diables, un film de 2002. Au moment des faits, la comédienne était une enfant, âgée de 12 à 15 ans. Dans une enquête étayée parue sur Mediapart le 3 novembre, et au cours d’une émission diffusée le lendemain sur le site d’information, Adèle Haenel, avec une force impressionnante, a précisé tenir un propos politique, dans la lignée de MeToo, destiné à soutenir les victimes de violences sexuelles.

Algérie : Le Hirak ne faiblit pas

Le hasard a fait que cette année les 5 juillet (indépendance) et 1er novembre (soulèvement de 1954) tombent un vendredi, jour des manifestations du Hirak contre le régime. Le weekend dernier, Alger et les principales villes ont été noyées par les foules réclamant le départ des hiérarques qui gèrent l’après-Bouteflika, à commencer par le chef d’état-major. « Le peuple veut la chute de Gaïd Salah ! » est désormais un slogan ordinaire.

Pour sortir de la crise, l’homme fort persiste à imposer une élection présidentielle le 12 décembre. Cinq candidats sont en lice, tous anciens collaborateurs ou soutiens de « Boutef ». En attendant, les arrestations se multiplient contre des manifestants qui ont brandi l’emblème amazigh, pour « atteinte à l’intégrité du territoire national » (passible de dix ans de prison). Bien que rien dans la loi n’interdise cet emblème, Gaïd Salah a exigé des manifestants qu’ils ne brandissent que le drapeau algérien ! Situation tendue et absurde quand on sait que depuis le 27 octobre les magistrats sont en grève, et que la quasi-totalité des juridictions sont paralysées…

Espagne : Des violeurs condamnés pour « atteinte sexuelle »

Le viol d’une adolescente de 14 ans a été requalifié en « atteinte sexuelle » par un tribunal barcelonais. Le motif ? La victime était sous l’emprise de l’alcool et n’était pas consciente au moment du viol. Au lieu de constituer une circonstance aggravante pour les cinq agresseurs, cet « état d’inconscience » n’a fait que jouer en leur faveur ce 31 octobre. En effet, le code pénal espagnol stipule que, pour qu’il y ait viol, la victime doit avoir été intimidée et violentée. La cour ayant estimé que les agresseurs n’avaient eu recours ni à l’un ni à l’autre de ces procédés pour abuser de la jeune fille, une condamnation pour viol n’avait pas lieu d’être. Les cinq hommes ont ainsi été condamnés pour « atteinte sexuelle » à des peines de prison allant de dix à douze ans. La décision a suscité une vive indignation dans le pays. Peut-être serait-il temps que le code pénal espagnol évolue vers une considération plus juste du consentement, comme le souligne Lucía Avilés, fondatrice d’une association de femmes juges : « Seul un “oui” signifie “oui”. »

Brésil : meurtre d’un gardien de la forêt

Paulo Paulino avait 26 ans. Membre du groupe de défense de l’Amazonie Les Gardiens de la Forêt, ce militant de la tribu guajajara a été tué d’une balle dans la tête par des trafiquants de bois, le 1er novembre. C’est le troisième gardien de la forêt assassiné depuis la création de ce groupe en 2012. Las de l’inaction de l’État face aux coupes illégales dévorant la réserve d’Araribóia, ces militants guajajara organisent eux-mêmes des patrouilles sur leurs terres, détruisant les campements illégaux de bûcherons et livrant ces derniers à la police. Au cours de la dernière décennie, plus de 300 activistes sont morts en défendant les terres d’Amazonie, selon l’ONG Pastoral Land Commission.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents