Les échos de la semaine

L'œil de Politis sur l'actualité de la semaine, en bref.

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Allemagne : Les néonazis fissurent la droite

La droite allemande va-t-elle imploser ? On pourrait s’en réjouir si la mèche de la bombe n’était pas l’AfD, partie xénophobe d’extrême droite. Tout commence par le piétinement d’un tabou : le 5 février, pour la première fois depuis 1945, les élus CDU de Thuringe ont mêlé leurs voix à celles des néonazis pour élire, contre le sortant de gauche (Die Linke), le libéral Thomas Kemmerich à la tête de cette région d’ex-RDA. Le tollé a été immense outre-Rhin. Immédiatement, Angela Merkel a sèchement limogé un de ses secrétaires d’État qui s’était réjoui de cette élection. Mais la discipline a ses limites : la dauphine de la chancelière, Annegret Kramp-Karrenbauer (« AKK », photo), a exigé des élus CDU de Thuringe qu’ils demandent de nouvelles élections. Mais ils ont refusé. Du coup, AKK a démissionné, et renoncé à briguer la succession de Merkel, prévue fin 2021.

La chancelière, devenue bête noire des néonazis depuis qu’elle a accueilli un million de demandeurs d’asile en 2015, n’a plus de scénario de sortie. Surtout, la droite est fissurée entre opposants à toute compromission avec l’extrême droite, et une frange plus perméable à des arrangements. « Dilemme » connu depuis des lustres par la droite française, qui a souvent préféré refuser les alliances pour mieux adopter le discours lepéniste.

Comme ailleurs en Europe, le spectre politique se fractionne en Allemagne, avec une droite CDU autour de 27 % des intentions de vote, une gauche où les verts ont le vent en poupe, et une extrême droite en plein essor. En Thuringe, le leader de l’AfD, Björn Höcke, s’est rendu célèbre lorsqu’en 2017, il a qualifié de « monument de la honte » le mémorial de la Shoah à Berlin.

Même « caché », un OGM est un OGM

Après la Cour de justice européenne, c’est au tour du Conseil d’État de confirmer que les organismes obtenus par mutagenèse doivent être soumis à la même réglementation que les OGM : évaluations sanitaires et environnementales, étiquetage avant la mise sur le marché. Une victoire importante pour les syndicats et associations, qui avaient saisi le Conseil d’État dès 2014.

Algérie : Louisa Hanoune libre

Finalement, elle n’a pas porté « atteinte à l’autorité de l’armée », ni « comploté contre l’autorité de l’État ». L’opposante historique Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), a été libérée, après avoir passé 9 mois en prison. En septembre, elle avait été condamnée à 15 ans de prison, pour le crime impardonnable d’avoir rencontré Saïd Bouteflika (frère du président déchu) et deux anciens patrons du renseignement, trois bêtes noires du général Gaïd Salah, mort en décembre. Les peines de ces trois-là ont été confirmées. Militante féministe, Louisa Hanoune, 65 ans, est la seule femme du monde arabe à diriger un parti d’opposition. Elle a été trois fois candidate à la présidentielle.

Entreprises : Ordonnances travail : premier bilan noir

Le comité d’évaluation des ordonnances travail s’est réuni fin janvier pour tenter de mesurer la qualité du dialogue social, quelques semaines après l’entrée en application complète de la fusion des instances représentatives du personnel. Le premier bilan des organisations syndicales confirme les inquiétudes exprimées en 2017 : les représentants du personnel sont moins nombreux, submergés de travail, souvent éloignés du terrain et leurs questions sont moins bien prises en compte par les directions d’entreprise. Force ouvrière « tire la sonnette d’alarme » face à cette « dégradation générale du dialogue social » et témoigne de réunions interminables, avec « des ordres du jour à rallonge qui entraînent une discussion souvent trop rapide ». Selon le syndicat, la plupart des comités d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) n’ont pas été remplacés par des commissions « SSCT ». Faute de transition dans les temps, indique FO, beaucoup de salariés n’ont tout simplement pas de représentants du personnel aujourd’hui. Ces inquiétudes sont partagées à mots couverts par la CFDT, qui regrette que le dialogue soit vu « comme une contrainte [et non] comme une opportunité par les directions ».

Justice : Une enquête menace la privatisation d’ADP

L’information n’a été reprise par aucun des grands médias dits d’information, hormis une dépêche AFP. Elle risque pourtant de contrarier la privatisation d’ADP davantage que le projet de référendum, qui plafonne à 1 085 000 soutiens. Des perquisitions ont eu lieu en janvier chez Alain Le Pajolec, ancien PDG d’ADP-Ingénierie (ADPI), une filiale spécialisée dans la conception d’aéroports, dans le cadre d’une enquête liée à des contrats conclus à partir de 2007 au Moyen-Orient et avec la Libye de Kadhafi, a révélé le site Le Média.

Menées dans le cadre d’une enquête préliminaire du parquet national financier, ces investigations pourraient déboucher sur une enquête qui inquiète déjà la chancellerie et l’Élysée, rapporte le journaliste Marc Endeweld : les investisseurs, notamment étrangers, n’aiment guère que la justice s’intéresse à une entreprise convoitée. D’autant que depuis le rachat en 2018 de Merchant Aviation, un cabinet de conseil aéroportuaire états-unien, le groupe ADP s’est mis à portée des lois américaines de lutte contre la corruption.

Engie, par ici la sortie

Pourquoi faut-il s’intéresser aux luttes de pouvoir à Engie, monstre du capitalisme français ? Pas simplement parce que c’est la seule femme du CAC 40 qui disparaît du paysage. Mais d’abord parce que l’ex-GDF-Suez est encore un peu (un quart des actions) la propriété de l’État. Ensuite, parce que la lutte contre le changement climatique ne peut s’épargner de contraindre les grands groupes énergétiques à revoir leur stratégie à long terme. À Engie, c’est la directrice générale Isabelle Kocher qui incarnait cette sensibilité (éolien, hydraulique). Elle a été virée, lâchée par Macron et Le Maire, pour faire plaisir au vieux monde, les mêmes dont les choix passés ont placé Engie dans une situation économique proche du gouffre. Il y a quelques années, c’est Areva qui a failli couler, mais a été sauvé grâce à l’aide massive de l’État.

Irlande : Poussée historique du Sinn Féin

Le parti républicain, socialiste et unioniste irlandais Sinn Féin (SF) est arrivé nettement en tête (24,5 % des voix), selon les premiers résultats des législatives du 8 février. Cette poussée historique pourrait mettre fin à l’étrange bipartisme irlandais, qui voyait les deux partis de centre-droit, Fianna Fáil et Fine Gael, se partager le pouvoir depuis un siècle. Les Irlandais ont été sensibles au programme très à gauche du SF dans un pays où, en dépit de plus de 5 % de croissance, les inégalités sont criantes, le système de santé en piteux état et les loyers prohibitifs.

Si l’on ne sait pas encore quel exécutif naîtra de ce résultat, cette victoire (ajoutée au Brexit) de l’ancienne vitrine politique de l’IRA, et seul parti existant aussi en Irlande du Nord, pourrait rendre possible un référendum sur la réunification de l’île dans les années qui viennent.


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