À Mayotte, on expulse bien des Français

Deux jeunes garçons, l’un français et l’autre en démarche de nationalité, ont récemment été expulsés illégalement de l’île en direction des Comores.

Lorsqu’il est interpellé et amené au centre de rétention (CRA) de Mayotte, Omar sort du tribunal. Avec sa mère, il voulait se renseigner sur sa demande de nationalité en cours d’instruction, savoir où en était la procédure. Le jeune garçon, né à Mamoudzou, vient tout juste de fêter ses 18 ans et d’obtenir son BEP. Il envisage de continuer les études, une fois sa nationalité obtenue. Toute sa vie, il a résidé de manière continue dans le 101e département français, ce qui aurait dû, légalement, le protéger d’une mesure d’éloignement, rappelle la Cimade.

« D’ailleurs, le policier qui l’a arrêté lui a dit qu’il serait rapidement libéré puisqu’il y avait une procédure en cours, mais ça n’a pas été le cas, raconte Charfia, la sœur du jeune garçon. On n’a pas eu le temps de faire quoi que ce soit… Le jour même, nous nous sommes rendu·es au CRA avec, notamment, son numéro de dossier pour la demande de nationalité, mais on nous a demandé de revenir le lendemain car il fallait d’abord s’occuper des personnes interpellées la veille et l’avant-veille. Alors on est revenu·es le lendemain matin. »

Mais ce 21 septembre, à midi, et alors même qu’Omar n’a pas eu le temps de transmettre ses justificatifs ou d’entamer un recours contre l’obligation de quitter le territoire (OQTF) qui lui a été notifiée, Charfia et sa famille sont informées, toujours à l’extérieur, devant le CRA, que le jeune homme a déjà été expulsé par bateau sur l’île d’Anjouan, la plus densément peuplée de l’Union des Comores. Un pays qu’il ne connaît pas, dans lequel il n’est jamais allé.

Lire > À Mayotte, l’État hors la loi expulse à tout va

De son côté, Samadine a été interpellé à son domicile par la police aux frontières (PAF) et expulsé le 16 septembre. Pourtant, le garçon de 19 ans est de nationalité française, né d’un père français. Lui aussi est né à Mamoudzou, la préfecture de Mayotte. En dépit de la présentation de ses justificatifs d’identité (1), le jeune homme a été amené au centre de rétention de Mayotte. « Mais personne n’a regardé son dossier », s’indigne son père, qui a lui-même tenté d’apporter d’autres documents au CRA, où il a appris que son « garçon était déjà parti ». D’après lui, le jeune homme aurait même été « frappé » au moment de son expulsion, car il refusait d’embarquer sur le bateau à destination d’Anjouan.

« Rentrer chez les gens pour les interpeller et les placer en CRA, ce sont des pratiques assez connues sur le territoire qui sont attestées par de nombreux témoignages, estime Mathilde Detrez, juriste chargée de projet régional à Mayotte pour la Cimade. De même, nous savons que les papiers et les justificatifs présentés par les personnes contrôlées ne sont pas considérés comme fiables par la PAF, et qu’ils n’empêchent malheureusement pas une arrestation. »

Comme Omar, Samadine a été expulsé en quelques heures dans un pays qu’il ne connaît pas, sans avoir eu le temps de déposer un recours ou de consulter les associations présentes dans le CRA. Une situation qui n’a rien d’exceptionnelle à Mayotte, où des expulsions vers les Comores sont organisées chaque jour, ou presque.

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